En sciences, il est important de développer un langage univoque pour communiquer des faits et/ou analyser des résultats. Ce langage est celui de la logique mathématique. Voici quelques exemples :
Tous ces résultats, projets, observations s'expriment sous la forme de conditions, causes, buts qui impliquent un résultat, un modèle, une démarche.
Une "phrase logique" se compose d'un objet ou d'un groupe d'objets, pris dans un référentiel sur lequel on applique une propriété. Le référentiel est l'ensemble des objets sur lesquels on définit des propriétés. Par exemple, la phrase "\(\sqrt{2}\) est irrationnel" se compose de
Pour l'instant, nous avons juste construit une phrase, à prendre comme un
assemblage de mots, sans se soucier de sa valeur de vérité, c'est-à-dire si elle
est vraie ou fausse. Par exemple, on peut tout à fait écrire la phase
"\(\sqrt{2}\) est rationnel".
Il s'agira par la suite de déterminer s'il est
correct d'affirmer "\(\sqrt{2}\) est rationnel".
Formellement, voici comment on peut écrire une propriété appliquée à un élément
d'un référentiel.
Exemple: On choisit \(E=\mathbb{R}\). Soient \(P_1\) la propriété "est rationnel" et \(P_2\) la propriété est irrationnel".
Souvent, on écrit ces phrases dans le langage ensembliste, qui est un langage pratique pour effectuer des calculs logiques ou des raisonnements :
Exemple: Pour \(E=\mathbb{R}\).
Formellement, à toute propriété \(P\) définie sur \(E\), on peut associer un ensemble \(A_P\subset E\): \[A_P=\{x\in E \,|\, P(x) \}\ = \{x\in E \,|\, x \text{ possède la propriété }P \}\,.\] La phrase "\(x\) possède \(P\)" s'écrit alors comme \(x\in A_P\).
En langage ensembliste :
\[A_{\text{non}P} = \{x\in E \,|\, \text{non}P(x) \}=C_{E}(A_P)=\bar{A}_P.\]
\(\bar{A}_P\) est l'ensemble des \(x\) ne possédant pas la propriété \(P\).
C'est le complémentaire de \(A_P\) dans \(E\).
En langage ensembliste, on utilise le diagramme de Venn pour représenter \(A_P\)
et son complémentaire :

Considérons à présent une autre propriété \(Q\) définie sur \(E\) et \(A_Q\) son ensemble associé. Représentons la situation comme un diagramme de Venn :

On peut combiner la propriété \(P\) avec \(Q\) :
Remarque: On dit que \(P\) et \(Q\) sont incompatibles (elles ne peuvent pas être satisfaites simultanément) si et seulement si \(A_P \cap A_Q = \varnothing\).
Règles de calcul logique I:
Soit \(P\) une propriété définie sur un référentiel \(E\) et \(A_P\) son ensemble associé correspondant.
On peut séparer les propositions en trois grandes familles.
Exemple: \(T\): \(\sqrt{2}\) est irrationnel.
Exemple: \(T:\forall x \in \mathbb{R}, x^2 \geqslant 0.\)
Exemple: \(T:\exists x \in \mathbb{R}, x^2=2.\)
Exemple: \(\text{non}T\): \(\sqrt{2}\) est rationnel.
Exemple: \(\text{non}T:\exists x \in \mathbb{R}, x^2 <0.\)
Exemple: \(\text{non}:\forall x\in\mathbb{R}, x^2 \neq 2.\)
À présent, on peut parler de valeur de vérité de l'affirmation \(T\): elle est soit vraie, soit fausse. Elle est vraie si et seulement si \(\text{non}T\) est fausse, et elle est fausse si et seulement si \(\text{non}{T}\) est vraie.
Remarque: Prendre garde à l'importance du référentiel: soit la propriété \(P(x):x^2=-1\). La proposition \[T:\exists x\in E, P(x)\] est fausse si \(E=\mathbb{R}\), mais vraie si \(E=\mathbb{C}\).
Règles de calcul logique II
Un structure importante pour énoncer des résultats en sciences est
l'implication. On observe un certain résultat si certaines conditions sont
réunies.
Soient \(P\) et \(Q\) deux propriétés définies sur \(E\), \(A_P\) et \(A_Q\)
les ensembles correspondants. L'affirmation "si \(x\) possède \(P\), alors \(x\)
possède \(Q\)" s'écrit :
\[P(x) \Rightarrow Q(x).\]
On peut construire la proposition universelle :
\[T:\forall x\in E, P(x) \Rightarrow Q(x).\]
Souvent, on notera \(P\Rightarrow Q\) au lieu de \(T\).
En langage ensembliste, la proposition universelle \(P\Rightarrow Q\) exprime
que tous les éléments de \(A_P\) sont aussi éléments de \(A_Q\):
\[P\Rightarrow Q:\forall\,x\in A_P,\, x\in A_Q \]
qui peut aussi s'écrire comme
\[P\Rightarrow Q:\forall\,x\in E, \; \text{ si }x\in A_P,\, \text{ alors }x\in
A_Q \] ou encore \[P\Rightarrow Q:A_P \subset A_Q.\]

On constate que la condition \(P\) est plus restrictive que \(Q\). Tout \(x\)
qui possède \(P\) possède nécessairement \(Q\), mais il y a des \(x\) qui
peuvent posséder la propriété \(Q\) sans posséder la propriété \(P\).
La proposition \(Q \Rightarrow P\) est appelée la réciproque de \(P\Rightarrow Q\). En langage ensembliste, on écrit
\(Q \Rightarrow P:\forall\,x\in A_Q,\, x\in A_P \) ou encore \(A_Q \subset A_P\,.\)
On dit que \(P\) et \(Q\) sont équivalentes si et seulement si \(\bigl( P
\Rightarrow Q \text{ et } P \Leftarrow Q\bigl)\), noté \(P \Leftrightarrow
Q\).
En langage ensembliste, on aura \(\bigl( A_P \subset A_Q \text{ et }
A_Q \subset A_P \bigl)\) c'est-à-dire \(\bigl( A_P=A_Q\bigl)\).
Le symbole \(\Leftrightarrow\) peut aussi s'utiliser pour comparer des propositions. Pour deux propositions \(T_1,T_2\), \(T_1 \Leftrightarrow T_2\) signifie que \(T_1\) et \(T_2\) sont équivalentes : elles partagent la même valeur de vérité. \(T_1\) est vraie si et seulement si \(T_2\) est vraie, et \(T_1\) est fausse si et seulement si \(T_2\) est fausse.
Il est important de savoir comment nier une implication. On a le résultat suivant :
\[ \text{non}(\forall x\in E, P(x)\Rightarrow Q(x)) \Leftrightarrow \exists x \in E, P(x) \text{ et non}Q(x).\]
En effet :
\[\begin{aligned}
\text{non}(\forall x\in E, P(x)\Rightarrow Q(x))
&\Leftrightarrow \text{non}\bigl( \forall\,x\in A_P,\, x\in A_Q )\\
&\Leftrightarrow A_P \not\subset A_Q \\
&\Leftrightarrow \exists\,x\in A_P,\, x\not\in A_Q \\
&\Leftrightarrow \exists\,x\in E,\,x\in A_P \text{ et } x\not\in A_Q \\
&\Leftrightarrow \exists\,x\in E,\, \bigl(P(x)\text{ et } \text{non}Q(x) \bigr)\,.
\end{aligned}\]

Exemple: Un exemple important: la négation de la définition de limite. La définition de la limite d'une suite est: \[a_n \text{ converge vers } a \Leftrightarrow \lim_{n\rightarrow\infty} a_n = a\] \[\Leftrightarrow \] \[ \left(T:\, \forall\,\varepsilon>0,\, \exists\, N\in\mathbb{N} \text{ tel que } \forall n\in \mathbb{N}, \,n\geqslant N \Rightarrow |a_n-a|<\varepsilon\,\right). \] Considérons non("\(a_n\) converge vers \(a\)"). On va décomposer la proposition \(T\) et la nier par étape :