Géométriquement, \(\ln(x)\) représente l'aire algébrique de la portion du plan délimité par le graphe de \(f(t)=\frac{1}{t}\) et les droites \(t=1,t=x,y=0.\)
De par sa définition,
Le logarithme étant défini comme la fonction-aire associée à \(f(t)=\frac{1}{t}\), le Théorème Fondamental de l'Analyse garantit qu'il est dérivable sur \(]0,+\infty[\), et qu'en plus \[\ln'(x) = \left( \int_1^x \frac{1}{t}\,dt \right)' = \frac{1}{x}\,.\] En particulier, \(\ln(x)\) est strictement croissante, puisque sa dérivée est \(\frac{1}{x}\gt 0\) pour tout \(x\gt 0\).
La propriété la plus importante du logarithme est de transformer des produits en sommes:
Théorème: Si \(x,y\gt 0\), alors \[ \ln(x\cdot y) = \ln(x) + \ln(y)\,. \]
Fixons \(x,y\gt 0\).
En utilisant la relation de Chasles,
\[\begin{aligned}
\ln(x\cdot y) - \ln(y)
&=\int_{1}^{xy} \frac{1}{t}dt - \int_{1}^{y} \frac{1}{t} dt \\
&= \int_{y}^{xy} \frac{1}{t}dt\,.
\end{aligned}\]
Introduisons la nouvelle variable \(u=t/y\), qui donne \(dt=y\,du\), et donc
\[
\int_{y}^{xy} \frac{1}{t}dt
= \int_{1}^x \frac{1}{uy}y\,du
= \int_{1}^x \frac{1}{u}du
= \ln(x)\,,
\]
et donc la formule est démontrée.
Remarquons que l'opération qui transforme
\(\int_1^x\frac{1}{t}\,dt\)
en
\(\int_y^{yx}\frac{1}{t}\,dt\)
correspond à un "glissement" de la portion du plan sous la
courbe entre \(1\) et \(x\):

On conclut de la propriété précédente :
La dernière propriété s'étend à des puissances négatives \(n\lt 0\). En effet, si \(n=-m\), \(m\in \mathbb{N}\), alors \[\begin{aligned} \ln(x^{n}) =\ln(x^{-m}) = \ln\left(\frac{1}{x^m}\right) &=-\ln(x^m) \\ &= (-m)\ln(x) = n\ln(x)\,. \end{aligned}\] Elle s'étend également à des exposants rationnels; on retiendra la règle de calcul: pour tout \(\alpha\in \mathbb{Q}\), \[\ln(x^\alpha) = \alpha\ln(x)\,,\quad x\gt 0\]
Puisque \(\ln:\mathbb{R}_+^*\to \mathbb{R}\) est strictement croissante, elle est injective.
On a donc les équivalences suivantes, utiles pour la résolution d'équations/inéquations: pour tout \(u,v\gt 0\), \[\begin{aligned} \ln(u)=\ln(v) &\quad\Leftrightarrow\quad u=v \\ \ln(u) \lt \ln(v) &\quad\Leftrightarrow\quad u \lt v\\ \ln(u) \leqslant \ln(v) &\quad\Leftrightarrow\quad u \leqslant v \end{aligned}\]
Exemple: Résolvons \[ \ln(x+1)+\ln(x+2)=\ln(2) \] Les logarithmes sont bien définis lorsque \(x\in D_{\text{déf}}\), où \[ D_{\text{déf}} =\{x\in \mathbb{R}\,|\,x+1\gt 0\text{ et }x+2\gt 0\} =]-1,+\infty[\,. \] Sur \(D_{\text{déf}}\), \[\begin{aligned} \ln(x+1)+\ln(x+2)=\ln(2) &\iff \ln\left((x+1)(x+2)\right)=\ln(2)\\ &\iff (x+1)(x+2)=2\\ &\iff x(x+3)=0\,, \end{aligned}\] et donc \[ S=D_{\text{déf}}\cap\{0,-3\}=\{0\}\,. \]
Exemple: Résolvons \[ 2\ln(x)\gt \ln(x+2)\,. \] Notons d'abord que les deux deux membres de l'inégalité sont bien définis lorsque \(x\in D_{\text{déf}}\), où \[D_{\text{déf}}=\{x\in \mathbb{R}\,|\,x\gt 0\text{ et }x+2\gt 0\} =]0,+\infty[\,. \] Sur \(D_{\text{déf}}\), on a maintenant \[\begin{aligned} 2\ln(x)\gt \ln(x+2) &\iff \ln(x^2)\gt \ln(x+2)\\ &\iff x^2\gt x+2\\ &\iff x^2- x-2\gt 0\\ &\iff (x+1)(x-2)\gt 0\,. \end{aligned}\] L'ensemble solution est donc \[\begin{aligned} S &=D_{\text{déf}}\cap\left(]-\infty,-1[\cup]2,\infty[\right)\\ &=]2,\infty[\,. \end{aligned}\]
Exemple: Résolvons \[ \ln(x^2)\gt \ln(x+2)\,. \] Notons d'abord que les deux deux membres de l'inégalité sont bien définis lorsque \(x\in D_{\text{déf}}\), où \[D_{\text{déf}}=\{x\in \mathbb{R}\,|\,x\neq 0\text{ et }x+2\gt 0\} =]-2,0[\cup]0,+\infty[\,. \] Sur \(D_{\text{déf}}\), on a maintenant \[\begin{aligned} \ln(x^2)\gt \ln(x+2) &\iff x^2\gt x+2\\ &\iff (x+1)(x-2)\gt 0\,. \end{aligned}\] L'ensemble solution est donc \[ S =D_{\text{déf}}\cap\left(]-\infty,-1[\cup]2,\infty[\right) =]-2,-1[\cup ]2,\infty[\,. \]
On a dit plus haut que \(\ln(x)\) est strictement croissante, mais ceci ne dit pas quel est son comportement lorsque \(x\to+\infty\) ou \(x\to 0^+\).
Lemme: \(\ln:\mathbb{R}_+^*\to \mathbb{R}\) n'est pas majorée, car \[ \lim_{x\rightarrow + \infty} \ln(x) = +\infty\,, \] et pas minorée, car \[ \lim_{x\rightarrow 0^{+}} \ln(x) = -\infty\,. \]
En termes géométriques, la limite
\[
\lim_{x\rightarrow + \infty} \ln(x)
\]
représente l'aire de la région sous le graphe de \(f(t)=\frac1t\), entre \(t=1\)
et l'infini.
Considérons une famille infinie
de rectangles, tous de largeur égale à
\(1\), situés sous le graphe de \(f(t)=\frac{1}{t}\):

Comme \(\ln:\mathbb{R}_+^*\to \mathbb{R}\) est dérivable, elle est continue. Les limites au
borne du domaine \(\mathbb{R}_+^*\), dans le lemme ci-dessus, et le Théorème des valeurs
intermédiaires, impliquent que \(\mathrm{Im} (\ln)=\mathbb{R}\).
On en conclut que \(\ln\) est surjective.
En particulier,
il existe un nombre \(x\) tel que \(\ln(x)=1\). On note
ce nombre \(e\).
Exemple:
Résolvons l'inéquation
\[
\ln(1-x) + \ln(x) \leqslant 2\,.
\]
Commençons par le domaine de définition: pour que \(\ln(1-x)\) et \(\ln(x)\)
soient bien définis, il faut que \(1-x\) et \(x\) soient simultanément dans le
domaine du logarithme:
\[ D_{\text{déf}}
= \left\{x\in\mathbb{R} | 1-x\gt 0 \text{ et } x\gt 0 \right\}
= ]0,1[\,.
\]
Sur \(D_{\text{déf}}\),
\[\begin{aligned}
\ln(1-x) + \ln(x) \leqslant 2
& \quad\Leftrightarrow\quad \ln((1-x)x) \leqslant 2\cdot 1 \\
& \quad\Leftrightarrow\quad \ln((1-x)x) \leqslant 2 \ln(e) \\
& \quad\Leftrightarrow\quad \ln((1-x)x) \leqslant \ln(e^2) \\
& \quad\Leftrightarrow\quad (1-x)x \leqslant e^2 \\
&\quad\Leftrightarrow\quad x^2 -x + e^2 \geqslant 0 \,.
\end{aligned}\]
Puisque \(\Delta=(-1)^2-4e^2\lt 0\) et puisque
le coefficient devant \(x^2\) est \(1\gt
0\), on a que tout \(x\in D_{\text{déf}}\) est solution.
Donc \(S=D_{\text{déf}}=]0,1[\).