4.1 Forme cartésienne
Définition

Nous avons vu, dans la section sur les équations du deuxième degré, que l'équation \(x^2+1=0\) ne possède pas de solutions puisque le discriminant de \(x^2+1\) est \(\Delta=-4\). En d'autres termes: le réel \(-1\) n'a pas de racines carrées, puisqu'il n'existe aucun réel \(x\) tel que \(x^2=-1\).

Les nombres complexes fournissent une extension du corps des réels \(\mathbb{R}\) permettant de résoudre ce type d'équation. Pour cela,

Remarque: Tout comme \(i^2=-1\), \((-i)^2 = (-1)^2i^2 = i^2 = -1\): \(i\) et \(-i\) sont les racines de \(-1\).

Pour l'équation en \(x^2=-1\), l'ensemble solution est \(S=\{-i,i\}\). On obtient ainsi la factorisation \[x^2+1 = (x+i)(x-i)\,.\] En effet, \((x+i)(x-i) = x^2-ix+ix-i^2=x^2+1\).

Exemple: Résoudre l'équation en \(x\): \(x^2+x+1=0\). Le discriminant vaut \(\Delta = 1^2-4 = -3 = (-1)\cdot 3\) et l'ensemble solution est \[ S=\left\{\frac{-1-i\sqrt{3}}{2},\frac{-1+i\sqrt{3}}{2} \right\}\,. \]

Nous allons donc devoir manipuler des nombres de la forme \[z = a + ib, \quad a,b\in\mathbb{R}\,.\]

L'ensemble \[\mathbb{C} = \{ z = a + ib \,|\, a,b\in\mathbb{R}\}\] est appelé l'ensemble des nombres complexes.
Soit \(z=a+ib \in\mathbb{C}\), \(a,b\in\mathbb{R}\). Ainsi, \(z=\mathrm{Re} (z)+i\mathrm{Im} (z)\) pour tout \(z\in\mathbb{C}\).

Remarque: \(i\mathbb{R} = \{ ib \,|\, b\in\mathbb{R}\}\) est l'ensemble des nombres imaginaires.

Identification entre \(\mathbb{C}\) et \(\mathbb{R}^2\)

Tout nombre complexe \(z=a+ib\) peut être associé au point de coordonnées \((a,b)\) dans le plan \(\mathbb{R}^2\), et réciproquement, à tout point \((a,b)\in \mathbb{R}^ 2\), on associe l'unique nombre complexe \(z=a+ib\).

Lorsque les points du plan \(\mathbb{R}^2\) sont interprétés comme représentant des nombres complexes, on parle du plan complexe ou encore du plan de Gauss.

Représentation graphique:

Quelques éléments de géométrie en écriture complexe :

  1. Si \(z=a+ib\), \(a,b\in\mathbb{R}\), le nombre complexe \(a-ib\) représente le symétrique de \(z\) par rapport à l'axe réel. On note \(\bar{z}=a-ib\) que l'on appelle le conjugué de \(z\).
  2. Equation d'une droite verticale dans le repère \(Oxy\) de \(\mathbb{R}^2\) : \[ x=a\,. \] Equation de la même droite, en écriture complexe: \[ \mathrm{Re} (z) = a \quad\Leftrightarrow\quad z+\bar{z}=2a \in\mathbb{R}\,. \]
  3. Equation d'une droite horizontale dans le repère \(Oxy\) de \(\mathbb{R}^2\) : \[ y=b\,. \] Equation de la même droite, en écriture complexe: \[ \mathrm{Im} (z) = b \quad\Leftrightarrow\quad z-\bar{z}=2ib\in i\mathbb{R}\,. \]

Opérations sur les nombres complexes

Soient \(z=a+ib,z'=a'+ib' \in\mathbb{C}\), \(a,b,a',b'\in\mathbb{R}\).

  1. Egalité \[z=z' \Longleftrightarrow \begin{cases} \mathrm{Re} (z)=\mathrm{Re} (z') \\ \mathrm{Im} (z)=\mathrm{Im} (z') \end{cases} \Longleftrightarrow a=a' \text{ et } b=b'\,.\]
  2. Addition \(+\) \[z+z' = (a+ib) + (a'+ib') = (a+a') + i(b+b')\] c'est-à-dire, \[\mathrm{Re} (z+z') = \mathrm{Re} (z) + \mathrm{Re} (z') \text{ et } \mathrm{Im} (z+z') = \mathrm{Im} (z) + \mathrm{Im} (z')\,.\] En particulier, \[\mathrm{Re} (z+z) = 2\mathrm{Re} (z) \text{ et } \mathrm{Im} (z+z) = 2\mathrm{Im} (z)\,.\]
  3. Multiplication \(\cdot\) \[\begin{aligned} zz' &= (a+ib)(a'+ib') \\ &= aa'+iab'+iba' + i^2bb'\\ &= (aa'-bb') + i(ab'+ba') \end{aligned}\] c'est-à-dire \[\begin{aligned} \mathrm{Re} (zz') &= \mathrm{Re} (z)\mathrm{Re} (z')-\mathrm{Im} (z)\mathrm{Im} (z') \\ \mathrm{Im} (zz') &= \mathrm{Re} (z)\mathrm{Im} (z')+\mathrm{Im} (z)\mathrm{Re} (z')\,. \end{aligned}\]

    Remarque: Observer la similitude avec \(\cos(\alpha+\beta)\) et \(\sin(\alpha+\beta)\).

    En particulier, pour \(z=a+ib\), \(a,b\in\mathbb{R}\),
Soit \(z=a+ib \in\mathbb{C}\), \(a,b\in\mathbb{R}\). Le nombre complexe conjugué de \(z\), noté \(\bar{z}\), est le nombre \[\bar{z} = a-ib\,.\]
Soient \(z,z'\in\mathbb{C}\).
  1. \(\mathrm{Re} (z)=\displaystyle\frac{z+\bar{z}}{2}\), \(\mathrm{Im} (z)=\displaystyle\frac{z-\bar{z}}{2i}\)
  2. \(\overline{\bar{z}}=z\)
  3. \(\mathrm{Re} (\bar{z}) = \mathrm{Re} (z)\) et \(\mathrm{Im} (\bar{z}) = -\mathrm{Im} (z)\)
  4. \(\overline{z+z'}=\overline{z}+\overline{z'}\)
  5. \(\overline{zz'}=\overline{z}\,\overline{z'}\)
  6. \(z\bar{z} =\mathrm{Re} ^2(z) + \mathrm{Im} ^2(z)\)
  7. \(\bar{z} = z \Leftrightarrow \mathrm{Im} (z)=0\Leftrightarrow z\in\mathbb{R}\) et \(\bar{z} = -z \Leftrightarrow \mathrm{Re} (z)=0 \Leftrightarrow z\in i\mathbb{R}\).
Les preuves se font par vérification directe.
Soit \(z=a+ib \in\mathbb{C}\), \(a,b\in\mathbb{R}\). Le module de \(z\), noté \(|z|\), est le nombre réel positif ou nul \[|z| = \sqrt{z\bar{z}} = \sqrt{a^2+b^2}=\sqrt{\mathrm{Re} ^2(z)+\mathrm{Im} ^2(z)}.\] En particulier on a \[z\bar{z} = (a+ib)+(a-ib) = a^2 + b^2 =|z|^2 \] Représentation graphique:

On observe que le module représente la distance entre le point \((a,b)\), identifé avec le nombre \(z=a+ib\), et l'origine \(O=(0,0)\) identifié avec le nombre \(z=0\). Le conjugué représente le symétrique de \((a,b)\) par symétrie d'axe horizontal.

Remarque: \((\mathbb{C},+,\cdot)\) est un corps (cf Chapitre 0). On a effet l'existence

Puissances et racines
Soient \(z\in\mathbb{C}\) et \(n\in\mathbb{N}^\ast\). Comme pour les réels, \(z\) puissance \(n\) signifie \[z^n = \underset{n \text{ facteurs}}{\underbrace{z\cdot z \cdot \ldots \cdot z}}\,.\] De plus, si \(z\neq 0\), nous avons les exposants négatifs ou nul \[z^0 = 1 \qquad z^{-1} = \frac{1}{z} \qquad z^{-n}=\frac{1}{z^n}\,.\]
Soient \(z\in\mathbb{C}\) et \(n\in\mathbb{N}^\ast\). Un nombre \(w\in\mathbb{C}\) est une racine \(n^\text{e}\) complexe de \(z\) si \(w\) vérifie \(w^n=z\).

Exemple: Les racines carrées de \(-1\) sont \(i\) et \(-i\).

Exemple: Les racines cubiques de \(-1\) sont données par \(\omega^3 = -1\). On a \(\omega=\begin{cases} -1 \\ \text{ou} \\ \frac{1+i\sqrt{3}}{2} \\ \text{ou}\\ \frac{1-i\sqrt{3}}{2}\,. \end{cases}\) En effet, \((-1)^3=(\frac{1\pm i\sqrt{3}}{2})^3 = \frac{1}{8} (1 \pm i3\sqrt{3} - 9 \mp i3\sqrt{3}) = -1 \). On peut le trouver en résolvant l'équation \(z^3 = -1 \Leftrightarrow z^3+1=(z+1)(z^2-z+1)=0\)\, dont on connait les solutions.

Cas particulier: trouver la racine carrée de \(z=a+ib\) sous forme algébrique.\\ Pour \(z=a+ib\), \(a,b\in\mathbb{R}\), on résout \(\omega^2 = z\) avec \(\omega = \alpha + i \beta\). Nous cherchons donc \(\alpha,\beta\in\mathbb{R}\) tels que \[ (\alpha+i\beta)^2 = \alpha^2 -\beta^2 + i2\alpha\beta = a+ib \Leftrightarrow \begin{cases} \alpha^2 -\beta^2=a \\ 2\alpha\beta = b\,.\end{cases}\] Plutôt que la relation \(2\alpha\beta = b\), utilisons le carré du module \[\alpha^2 + \beta^2 = |\alpha+i\beta|^2 = \left|\sqrt{a+ib}\right|^2 = \sqrt{|a+ib|^2} = \sqrt{a^2+b^2}\,.\] Alors \[ (\alpha+i\beta)^2 = a+ib \qquad\Leftrightarrow\qquad \begin{cases} \alpha^2 -\beta^2=a=\mathrm{Re} (z) \\ \alpha^2 +\beta^2=\sqrt{a^2+b^2}=|z| \\ \mathrm{sgn}(\alpha\beta) = \mathrm{sgn}(b)= \mathrm{sgn}(\mathrm{Im} (z))\,. \end{cases}\]

Exemple: Calculer les racines de \(i\). On pose \(\omega=\alpha+ i\beta\) et on résout \(\omega^2=i\). On a \[(\alpha+i\beta)^2 = 0 + i\cdot 1 \Leftrightarrow \begin{cases} \alpha^2 -\beta^2=\mathrm{Re} (i)=0 \\ \alpha^2 +\beta^2=|i|=1 \\ \mathrm{sgn}(\alpha\beta) = \mathrm{sgn}(\mathrm{Im} (i))=+1 \end{cases} \Leftrightarrow \begin{cases} \alpha^2=\beta^2=\frac{1}{2} \\ \mathrm{sgn}(\alpha\beta) = +1 \end{cases} \Leftrightarrow \omega= \pm \frac{1+i}{\sqrt{2}}\,. \]