Dans toute cette section, V est un espace vectoriel fixé.
Soit W un sous-espace vectoriel de V.
Une famille finie de vecteurs
B={v1,v2,…,vp}⊂W est une base deW
si
B est libre, et si
B engendre W, c'est-à-dire que
W=Vect{v1,v2,…,vp}.
L'avantage d'une base B={v1,v2,…,vp}
est qu'elle fournit une manière
simple et univoque de représenter les vecteurs deW.
En effet, fixons un vecteur quelconque w∈W.
Puisque B
engendre W, w peut s'écrire comme une
combinaison linéaire des éléments de B: il existe des
scalaires α1,…,αp∈R tels que
w=α1v1+⋯+αpvp.
Or il se trouve
que ces coefficients sont uniques. En effet, supposons qu'il existe une
autre famille de scalaires
α1′,…,αp′∈R, telle que
w=α1′v1+⋯+αp′vp.
En soustrayant ces deux dernières expressions, on obtient que
0=(α1−α1′)v1+⋯+(αp−αp′)vp.
Mais puisque par hypothèse, B est libre, ceci entraîne
α1−α1′=⋯=αp−αp′=0,
et donc α1=α1′, …, αp=αp′.
Il n'existe donc qu'une seule manière d'exprimer w comme combinaison
linéaire des vecteurs de B.
Les scalaires α1,…,αp définis ci-dessus sont les
composantes de w relativement à la base B.
Attention: les composantes sont des nombres que l'on peut utiliser pour
décrire un vecteur, mais le vecteur existait, avant qu'on
ne connaisse ses composantes, avant même qu'on ne parle de base!
Représentation en composantes
D'un côté, un vecteur w∈W et un objet
abstrait. De l'autre, sa
représentation dans la base B, à l'aide des nombres
α1,…,αp, en fait un objet avec lequel on peut
faire des calculs. En effet, on peut stocker ces nombres dans un vecteur
de Rp, en définissant
[w]B:=α1α2⋮αp
Remarque:
L'ordre dans lequel on stocke les
α1,…,αp est
important. En effet, la kème composante αk est associée au
kème vecteur de la base, vk. Il est donc important, quand on introduit
une base, de fixer l'ordre de ses vecteurs.
Donc pour indiquer que les vecteurs de B sont ordonnés, on écrira
dorénavant
B=(v1,…,vp),
qui est une famille ordonnée
, au lieu de
B={v1,…,vp}.
Insistons sur le fait que le vecteur [w]B∈Rp contient
exactement la même information que w (il représentew),
puisque w peut toujours être reconstruit exactement à l'aide des
composantes de [w]B:
α1v1+⋯+αpvp=w.
Ceci implique que finalement, dès qu'on est en possession d'une base dans un
sous-espace vectoriel, aussi abstrait soit-il, ses vecteurs peuvent être traités
comme des vecteurs de Rp!
Dans le cas où W=V, la définition ci-dessus revient donc à définir une
base deV comme étant une famille libre qui engendre V.
Exemple:
Considérons V=Rn. Rappelons que
l'on peut écrire tout vecteur x∈Rn comme
x=x1e1+x2e2⋯+xnen,
où
e1:=10⋮0,e2:=01⋮0,…en:=00⋮1.
Puisque cette famille de vecteurs est libre
,
on conclut que
Bcan=(e1,…,en) est bien une base, la
base canonique de Rn.
Exemple:
Dans V=R2, considérons les vecteurs
v1=(21),v2=(−73),
et montrons que B=(v1,v2) est une base de V. D'abord,
on voit que v1 et v2 sont ne sont pas colinéaires,
et donc que B est libre.
Ensuite, pour montrer qu'elle engendre bien tout V, fixons un
x∈V quelconque, et montrons qu'il peut s'écrire comme combinaison
linéaire de v1 et v2, c'est-à-dire qu'il existe
des scalaires λ1 et λ2 tels que
x=λ1v1+λ2v2.
Si on nome x1,x2 les composantes de x, alors
cette dernière devient
(x1x2)=λ1(21)+λ2(−73),
qui n'est autre que
(∗){2λ1λ1−+7λ23λ2==x1x2
Après L2←L2−21L1,
(∗){2λ1−7λ2213λ2==x1x2−21x1
En procédant ''du bas vers le haut'', on trouve
λ1=133x1+137x2,λ2=−131x1+132x2.
Ceci montre que x peut effectivement s'écrire comme combinaison
linéaire de v1 et v2.
Comme ceci vaut pour tout x∈V, B engendre bien V.
On a donc montré que B est une base de V.
Exemple:
Considérons V=Pn,
l'ensemble des polynômes à coefficients réels, de degré au plus égal à n.
Rappelons que tout élément p∈Pn est de la forme
p(t)=a0+a1t+a2t2+⋯+antn,t∈R.
Considérons les polynômes e0,e1,…,en∈Pn définis ainsi:
pour tout t∈R,
e0(t)e1(t)e2(t)⋮en(t):=1,:=t,:=t2,:=tn.
Pour le polynôme écrit au-dessus,
p=a0e0+a1e1+⋯+anen.
Donc la famille {e0,e1,…,ep} engendre Pn.
Mais on a aussi montré dans une section précédente que cette famille est libre.
Ainsi,
la famille Bcan=(e0,e1,…,en) forme une base, appelée
base canonique de Pn.
Avec la base canonique Bcan,
l'application [⋅]B associe au polynôme p du dessus
le vecteur de Rn+1 défini par
[p]B=a0a1⋮an.
On peut alors manipuler le polynôme p à l'aide de sa représentation sous la
forme [p]B, exactement comme si c'était un vecteur de Rn+1!
Exemple:
Considérons, dans V=P2, la famille B=(q1,q2,q2), où
q1(t)=3,q2(t)=1−2t,q3(t)=t2+t
Montrons que B est une base de V.
Pour commencer, montrons que B est libre, en posant
λ1q1+λ2q2+λ3q3=0,
qui signifie, après avoir regroupé les termes,
(3λ1+λ2)+(−2λ2+λ3)t+λ3t2=0∀t∈R.
On sait qu'un polynôme s'annule en tout t∈R si et seulement si tous ses
coefficients sont nuls. On en déduit que λ3=0, puis que
λ2=21λ3=0, puis que λ1=−31λ2=0. Ceci
montre que B est libre.
Montrons ensuite que B engendre P2.
Pour ce faire, fixons un p∈P2 quelconque, et montrons qu'on peut
trouver des scalaires α1,α2 tels que
p=α1q1+α2q2+α3q3.
Si p(t)=a+bt+ct2, cela signifie que
a+bt+ct2=α13+α2(1−2t)+α3(t2+t)∀t∈R,
qui devient, après avoir regroupé les termes,
(3α1+α2−a)+(−2α2+α3−b)t+(α3−c)t2=0∀t∈R.
On voit donc que α1,α2,α3 doivent satisfaire
(∗)⎩⎨⎧3α1+−α22α2+α3α3===abc
On trouve
α3=c,α2=21(c−b),α3=31a+61b−61c.
Ceci montre que B engendre P2.
Donc on a bien montré que B est une base de P2.
Extraire une base d'une famille génératrice
Supposons qu'un sous-espace W⊂V
soit engendré par une famille:
W=Vect{v1,…,vp}.
Par définition,
tout vecteur w∈W peut s'écrire comme combinaison linéaire des
v1,…,vp, mais cela ne signifie pas que ces vecteurs forment une base
pour W:
il se peut que certains ne soient pas nécessaires
dans la description de W; en d'autres termes, cette famille peut contenir
''trop'' de vecteurs, certains de ses vecteurs peuvent être superflus.
Lemme:
Soit W un sous-espace vectoriel de V, et soit
F={w1,…,wr}
une famille qui engendre W. Si un des vecteurs de F,
disons wj, peut s'écrire comme combinaison linéaire des autres
wk (k=j), alors en retirant wj, la famille
F∖{wj}={w1,…,wj−1,wj+1,…,wr} engendre toujours W.
Puisque F engendre W, tout vecteur w∈W peut s'écrire
w=a1w1+⋯+arwr.
Si wj=∑i=jαiwi, alors
w=i=1∑raiwi=(i=1i=j∑raiwi)+ajwj=i=1i=j∑raiwi+aji=1i=j∑rαiwi=i=1i=j∑r(ai+ajαi)wi,
donc w peut s'écrire comme combinaison linéaire des éléments de
F∖{wj}. Ceci
signifie que la famille F∖{wj} engendre aussi W.
Ce dernier résultat fournit un algorithme pour
construire une base d'un sous-espace
W, du moment que l'on possède une famille génératrice.
En effet, supposons qu'une famille finie
F={v1,…,vr} engendre W. On peut ''nettoyer'' cette famille à
l'aide du lemme précédent, de la façon suivante:
Chercher un vecteur vj∈F
qui peut s'exprimer comme combinaison linéaire des autres.
S'il y en a un, retirer vj de la famille, et recommencer.
S'il n'y en a pas, s'arrêter.
Une fois que cet algorithme s'arrête,
on obtient une famille F′⊂F qui engendre toujours
W, et dans laquelle aucun vecteur ne peut s'exprimer comme combinaison
linéaire des autres; c'est donc une base de W.
Exemple:
Soit V=R4, et soit W⊂V le sous-espace défini par
W=Vect{w1,w2,w3},
où
w1=3−102,w2=5−4−43,w3=1241.
Remarquons que {w1,w2,w3} n'est pas
libre puisque w2=2w1−w3. Donc w2 est
''superflu'', et on peut le retirer, sans changer W:
W=Vect{w1,w3}.
Maintenant, w1 et w3
n'étant pas colinéaires, B:=(w1,w3) est une base de
W.